Le secteur de la pêche en Méditerranée occidentale au bord du gouffre alors que les ministres de l’UE s’en tiennent au statu quo et ne parviennent pas à mettre fin à la surpêche

 

Date du communiqué de presse : 13 décembre 2025

Contact : Vicky Baniokou | email: vbaniokou@oceana.org | tel.: +34 636065977

Bruxelles.- Les ministres de l’UE sont parvenus à un accord politique sur les possibilités de pêche pour 2026, qui offre une stabilité apparente à la flotte de pêche de la Méditerranée occidentale, mais ne parvient pas à s’attaquer pleinement à la cause profonde des difficultés économiques du secteur : des populations de poissons qui restent soumises à une pression importante après des décennies de surpêche. Bien que ces mesures semblent stabiliser le secteur, elles restent insuffisantes pour mettre fin à la  surpêche, qui touche encore55 % des populations de poissons évaluées, avec une mortalité par pêche  environ 1,6 fois supérieure aux niveaux durables.

« Face à des pressions socio-économiques bien réelles, les ministres ont décidé de maintenir le nombre de jours de pêche pour 2025. Toutefois, afin de garantir la résilience à long terme de la Méditerranée et un avenir prospère pour le secteur, il sera nécessaire de réduire davantage la mortalité par pêche et de s’attaquer à la surcapacité — afin de protéger à la fois la vie marine et l’avenir de la flotte », a déclaré Giulia Guadagnoli, conseillère politique principale chez Oceana en Europe.

En vertu du droit de l’UE, les États membres de la Méditerranée occidentale (la France, l’Italie et l’Espagne) ont l’obligation légale de mettre fin à la surpêche d’ici 2025. Néanmoins, l’accord conclu maintient la même approche de gestion en Méditerranée occidentale pour 2026 et conserve les jours de pêche au chalut convenus pour 2025, sans appliquer de réductions supplémentaires. Les ministres ont également convenu que le nombre total de jours de pêche ne pourra en aucun cas dépasser les niveaux autorisés pour cette année, même après d’éventuels gains issus du mécanisme de compensation, empêchant ainsi toute augmentation nette de l’effort de pêche global.

«L’accord conclu aujourd’hui ne portera ses fruits que s’il est appliqué avec rigueur.  Les mécanismes de compensationpeuvent permettre aux flottes d’effectuer une transition plus progressive vers la durabilité, mais seulement s’ils aboutissent à de réelles réductions de la mortalité par pêche. Chaque jour de pêche supplémentaire doit être justifié pardes améliorations concrètes de la santé des stocks de poissons. Une surveillance rigoureuse et un respect total des règles seront essentiels pour garantir que ces mécanismes contribuent à mettre en place une pêche véritablement durable en Méditerranée occidentale, plutôt que de mettre en péril les acquis actuels », a déclaré Guadagnoli.

L’accord repose une fois de plus sur le mécanisme de compensation, fondé sur des mesures techniques volontaires telles que la modification des engins afin d’améliorer la sélectivité, ou des fermetures spatiales et saisonnières, offrant jusqu’à 14 options pour contribuer à la réduction de la mortalité par pêche. Bien que cet instrument puisse favoriser une transition plus progressive, il ne peut être efficace que s’il est mis en œuvre de manière rigoureuse et s’il apporte de réels bénéfices biologiques.

« Nous regrettons que les États membres n’aient pas renforcé les mesures de compensation destinées à protéger les écosystèmes d’eaux profondes », a déclaré Helena Álvarez, scientifique marine principale chez Oceana. « Le maintien de la fermeture uniquement au-dessous de 800 mètres, au lieu de l’étendre vers le haut jusqu’à 600 mètres — des profondeurs où, en pratique, la pêche est quasi inexistante — permettra aux navires de bénéficier de jours de pêche supplémentaires de manière injustifiée, augmentant l’effort de pêche global et allant à l’encontre des avis scientifiques. »

Read English version